Suivre le fil de notre ascendance et de notre propre
personnalité nous conduit à nous interroger sur
la possibilité d’en faire l’instrument à
la fois d’une réconciliation avec nos origines,
de l’épanouissement de cette personnalité
qui fait de chacun d’entre nous un être unique, mais
aussi du tissage de nouveaux liens avec ceux
qui nous entourent.
En reconstituant l’histoire de notre famille,
nous dénudons et dénouons les différents
brins qui forment le fil de notre ascendance ce qui nous permet
de sélectionner et de renouer ces brins à notre
convenance afin que notre nature profonde s’exprime à
la fois dans la continuité et dans la différence.
En
retraçant les principales étapes
de notre vie et les traits majeurs de notre identité,
nous mettons en relief le fil qui nous guide et nous donnons à
notre descendance la possibilité de s’y reconnaître
ou non. Le lien qui se crée alors entre les générations
est plus respectueux à la fois des individualités
et de l’héritage familial.
Mais ce renouvellement
du lien s’exprime aussi en dehors
du seul cercle de la famille. Car la réalisation d’une histoire
personnelle est un support de communication privilégié qui, en
montrant un individu dans la vérité
de son être et dans les actions qu’il a menées,
permet de faire de lui le porteur du lien que l’on cherche
à établir.

Suivre le fil d’une vie à la trace
est l’un des moyens de relier tous les états d’existence
et tous les êtres entre eux en les rattachant à un
centre, principe d’appartenance à
une antériorité, à des niveaux plus profonds
de l’entendement, où surgissent les lois périodiques
de la succession temporelle.
Chaque brin se mêle à son semblable pour former
un fil qui lui-même s’unira à un autre afin
de constituer la trame du tissage dans un perpétuel va-et-vient.
Le fil alors ne commence ni ne finit, le mouvement du fuseau
engendre l’un par l’autre, renouvelle le rythme
vital et instaure l’immortalité par-delà tout
anéantissement
dans une alternance infinie.

Mettre en relief le fil d'une lignée ou d’une destinée
n’est donc pas seulement transmettre des valeurs ou des
souvenirs, c’est participer à l’œuvre
créatrice. C’est transcender les contraires
et abolir la polarité qui caractérise la condition
humaine pour accéder à la réalité
ultime en se plaçant dans l’axe d’une autre
polarité.
Une nouvelle solidarité,
qui compense la perte des solidarités traditionnelles, émerge
de cette communauté de destin. Se penser à nouveau
dans sa relation avec un ensemble sans se sentir menacé
dans son intégrité permet de rêver à
un monde meilleur, de sentir renaître l’espérance.