

Le fil a deux significations symboliques
distinctes même si elles se complètent et s’enrichissent
l’une, l’autre.
D’une part, il est l’agent qui relie tous les états
d’existence au centre principal, figuré par le soleil.
Il aide chacun à trouver sa place par rapport à
son ascendance et son chemin tout au long du parcours qui conduit
de la naissance à la mort. L’enfilage de l’aiguille
est d’ailleurs le symbole du passage par la porte solaire,
c’est-à-dire de la sortie du cosmos.
Dans la mythologie, le fil d’Ariane permet
le retour à la lumière. Ariane, fille de Minos,
roi de Cnossos, et de Pasiphaé, donne à Thésée
le fil, fourni par Dédale, qui lui permet de retrouver
son chemin dans le labyrinthe après avoir vaincu le Minotaure.
En échange, elle exige de la part de Thésée,
fils du roi d’Athènes, un amour éternel et
la promesse de l’emmener avec lui, mais il l’abandonne
lors d’une escale à Naxos. Dionysos l’y rencontre,
est séduit par sa beauté et l’épouse.
Le fil tantrique du bouddhisme est aussi celui
de la continuité traditionnelle dans le labyrinthe de la
quête spirituelle, il évoque le même rattachement
au principe de toutes choses. Les textes bouddhiques sont désignés
par le terme de sûtra, qui renvoie également au fil,
celui qui relie ce monde et l’autre monde, et tous les êtres
entre eux. Le fil est à la fois Atmâ (le Soi) et
prâna (le souffle). Le souffle suggère l’état
de vie et de mort, le rythme vital. Du tantra dérive aussi
la notion d’interdépendance des choses, liée
à celle du tissage.
Au travers de cette idée de tissage, l’accent
est mis d’autre part sur l’alternance infinie de la
nuit et du jour et sur l’instauration de l’immortalité
par l’union et la mise en relation de tous les fils.
Dans le bassin méditerranéen, et
particulièrement en Afrique du Nord, filer et tisser sont
l’équivalent féminin du labour, ils participent
à l’œuvre créatrice.
Le mythe des fileuses, première figures
déiques, est celui de la fertilité et de la fécondité,
du rêve de création infini. Le fil donne le pouvoir
de réaliser les associations d’éléments
les plus antithétiques. Le mythe même des fileuses,
tel un lieu originaire, mythologique, est le lieu d’engendrement
des autres lieus, du renouvellement de la vie. Le fuseau est le
symbole de la loi de l’éternel retour, il régule
l’ensemble cosmique, la vie et la mort, le sacré
et l’humain.
Dans la légende millénaire, que
l’on retrouve notamment dans le folklore chinois et japonais,
la rencontre céleste de la tisserande et du bouvier est
l’image même de l’équilibre dans l’union
des contraires, du Yin et du Yang. Il existe de nombreuses versions
de cette histoire mais toutes s’accordent sur l’amour
de Véga et Altaïr, la première tissant et le
second travaillant aux champs.
Le symbolisme du soleil fait
écho à celui du fil et vient le compléter.
Il est une manifestation de la divinité, à la fois
emblème de Vishnu, de Bouddha, et du Christ, le symbole
universel du roi. Fécondateur mais aussi destructeur, aspects
yang et yin de son rayonnement vivifiant, il est source de lumière,
de chaleur et de vie.
Ses rayons, influences célestes reçues par la Terre,
sont l’extension du point principiel et lui donnent une
dimension extra-cosmique universelle qui encourage le développement
d’une véritable religion astrale (Osiris,
Hélios, Apollon). Son symbolisme dépasse
alors très largement celui de la fécondation pour
atteindre celui de l’illumination. Comme image du père,
il représente la contrainte sociale et la censure d’où
dérivent l’éthique, et la civilisation.
Pour l’hindouisme, le soleil est à
l’origine de tout ce qui existe, principe et fin de toute
manifestation et le cycle solaire, à l’image du tissage,
est un symbole de résurrection et d’immortalité
dans l’alternance de la vie, de la mort et de la renaissance.
Il est un aspect de l’Arbre du monde, dont l’Arbre
de vie est un des rayons.
Pour le symbolisme védique, le soleil
est au centre du ciel comme le cœur est au centre de l’être,
il s’agit du soleil spirituel immobile au zénith
et qu’on nomme aussi cœur du monde et œil du monde.
Il est Atmâ, l’Esprit universel. Le rayon solaire,
qui relie Purusha à l’être, correspond à
sushumnâ, l’artère coronale subtile du Yoga,
et rappelle le symbolisme du fil.
Le soleil est comme le cœur du monde, parfois
figuré au centre de la roue du Zodiaque. Il est l’intelligence
cosmique, alors que la lumière rayonnée est la connaissance
intellective. Comme le cœur, il est centre spirituel primordial,
siège de la connaissance intuitive et immédiate,
principe actif (Yang) par rapport à la lune (Yin), principe
passif qui ne fait que refléter la lumière, siège
de la connaissance rationnelle et spéculative, comme le
cerveau.
Dix-neuvième arcane majeur du Tarot,
le soleil exprime le bonheur de celui qui sait être en accord
avec la nature, l’union sincère, la joie, la famille
unie, la concorde, la clarté de jugement et d’expression,
le talent artistique, la félicité conjugale, la
fraternité ou l’éblouissement. Les jumeaux
représentés sous le soleil sont l’image même
de l’analogie, de la fraternité, de la synthèse.
