La souffrance qui est associée au manque
de liens crée le besoin vital de renouer la communication
avec autrui au-delà de la différence et de la distance.
Réapprendre à vivre en communauté,
sans pour autant renier cet individualisme qui nous est essentiel
mais qui est trop souvent élevé en culte, est un
des enjeux majeurs de notre siècle. La vie est un projet
commun. Refuser d’en convenir conduit l’homme à
nier une partie de lui-même, celle qui fait de chacun un
être vivant qui naît et meurt malgré lui.
Reconnaître une communauté
de destin et décider de tisser des liens au-delà
de la diversité demande un effort personnel qui passe
par une véritable initiation pour l’individu
happé par un mode d’existence fondé sur
la rentabilité et la productivité, pour lequel
le temps de la vie humaine, le temps d’être soi
pour soi et avec les autres, n’a plus aucune valeur,
ni aucune signification. Prendre conscience des racines et
des identités communes incite à se tourner
vers le reste de l’humanité. À chacun à
trouver ses propres moyens d’y parvenir.
Même si l’amitié à la vie, à
la mort vient secourir des liens familiaux de plus en plus défaillants,
le groupe, formé autour d’un principe unificateur
fondé généralement sur la ressemblance, en
vient le plus souvent à se scléroser. Comme la famille,
il joue un rôle protecteur face à l’angoisse,
mais, comme elle, il doit savoir s’ouvrir. Appartenir à
un groupe, se reconnaître en lui, doit être une occasion
supplémentaire de partager. Sinon il advient un
moment où l’individu éprouve le besoin de
s’échapper.
La personne humaine, de par ses multiples dimensions, psychologiques,
historiques, sociales, économiques, affectives, culturelles,
est le lieu même de l’interdisciplinarité.
Réaliser l’histoire personnelle de certains individus
qui, au travers des idées qu’ils développent
ou des actions qu’ils mènent, établissent
un lien entre différents milieux, montre que l’équilibre
se trouve dans l’union de ce qui semble devoir s’exclure.
L’écho que leur histoire éveille en chacun
prouve que nous possédons tous cette capacité à
relier les êtres, il suffit juste de trouver le fil.
